paloma

Ivan Vishnyakov

Sonnets à Orphée (Muzot février 1922)

Sonnet I

Alors s’éleva un arbre. Ô pure élévation !
Ô Orphée chante ! Ô arbre si haut planté dans l’oreille !
Et tout se tut. Pourtant même dans ce grand silence
un nouveau début s’opère, signe et transformation.

Des animaux du silence se précipitèrent hors des claires
forêts déliées, des gîtes et des nids ;
et il advint alors que ce n’était ni ruse
pas plus que peur qui les rendaient si silencieux

Mais l’écoute. Rugissements, cris, brames
leur été trop petit dans leur cœur. Et là où
seule une cabane suffisait à recueillir cela,

Un refuge venu du plus sombre désir
avec un accès, aux montants branlants -
tu leur as créé un véritable temple dans l’oreille.


Sonnet IV

Ô vous les tendres, avancez de temps à autre
dans ce souffle, qui ne signifie rien pour vous,
laissez-le se partager contre vos joues,
trembler derrière vous, à nouveau s’unir.

Ô vous les bienheureux, ô vous les sauvés,
qui semblez être du cœur le début,
l’arc des flèches et le but des flèches,
votre sourire pleure radieux pour toujours.

Ne craignez point de souffrir, la pesanteur,
redonnez-là à la terre pesante;
lourdes sont les montagnes, lourdes sont les mers.

Même les arbres que vous avez plantés enfant,
depuis longtemps sont devenus trop lourds, vous ne les porterez plus.
Mais les airs… mais les espaces…

Sonnet VI

Est-il d’ici? Non, sa vaste nature
procède des deux royaumes
avec d’autres il aurait pu courber les racines des saules,
celui qui aurait appris les racines des saules.

Quand vous allez vous coucher, ne laissez pas sur la table
ni pain ni lait ; cela attire les morts -
Mais lui, le conjuré, qu’il mélange
sous la douceur des paupières

Leur apparition à tout le visible;
et la magie du souffle de la terre et des losanges
était pour lui aussi vraie que le lien le plus clair.

Rien ne pouvait corrompre l’image valable ;
qu’elle provienne des tombes, qu’elle provienne des chambres,
il glorifierait bague, bracelet ou cruche.


Sonnet IX

seul celui qui a tenu haut la lyre
aussi au milieu des ombres
a le droit de dire
le présage de la louange infinie

seul qui avec les morts pavots mangea,
du leur mangea
ne perdra plus à nouveau
le plus léger des sons

Aussi le reflet de l’étang
peut souvent s’estomper :
Sache l’image

Alors dans les étendues doubles
les voix se feront
éternelles et douces

Sonnet XXII

Nous sommes les agités
mais le pas du temps
voyez-le comme peu de choses
Face à ce qui demeure

Tout ce qui se presse
déjà sera passé ;
car seul ce qui demeure
nous bénit.

Garçons, o ne gaspillez pas votre courage
dans la vitesse
dans la tentative de voler

Tout est apaisé :

Obscurité et clarté
Fleur et livre.

Sonnet deuxième partie I

Souffle, toi poème invisible!
Toujours autour de l’intime s’échange
son espace du monde pur. Contre-poids
sur lequel j’adviens en rythme.

Vague unique, dont
je suis la mer peu à peu;
de toutes les mers possibles tu es la plus économe,
Gain d’espace.

Combien de ces lieux des espaces furent déjà
profondément en moi. Maints vents
sont comme mon fils.

Me reconnais-tu, air, toi, emplis de tant d’endroits jadis miens ?
Toi, un jour écorce glabre,
Courbure et feuille de mes paroles.

Sonnet XXVI

comme il nous saisit le cri de l'oiseau,...
n'importe quel cri, une fois créé.
Mais les enfants qui jouent dehors
crient déjà loin du vrai cri.

Crient le hasard. Dans les interstices
de cet espace du monde (où le cri encore sain de l'oiseau
passe ainsi que les hommes dans les rêves)
ils poussent les coins de leurs cris perçants.

Malheur! où sommes-nous? Toujours encore plus libres,
tels des cerfs-volants arrachés,
nous nous ruons à mi-hauteur, frangés de rire,

déchirés par le vent. — Ordonne les crieurs,
toi, dieu chanteur! pour qu'ils s'éveillent bruissants,
tel portant comme courant la tête et la lyre.

Sonnet XXIX

Ami silencieux des nombreux lointains, ressens,
combien ton souffle a élargi l’espace.
Dans la charpente des sombres carillons
accepte de sonner. Car, ce qui vit de toi,

deviendra une force par cette nourriture.
Dans cette transformation, sors et puis entre,
Quelle est ta plus douloureuse expérience ?
Si le boire est pour toi amer, deviens vin.

Sois en cette nuit de démesure
force magique à la croisée de tes sens,
de leur étrange rencontre la signification.

Et si le terrestre t’a oublié,
dis à la terre calme: je coule.

à l’eau rapide dis: je suis.
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