COMIENZA EL INVIERNO


Claude Monet

The Departure of the Boats, Etretat, 1885

adios a

 L'automne

Alphonse de Lamartine (1790-1869)

Recueil : Méditations poétiques (1820).



Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure ! 
Feuillages jaunissants sur les gazons épars ! 
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature 
Convient à la douleur et plaît à mes regards !

Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire, 
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois, 
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière 
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois !

Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire, 
A ses regards voilés, je trouve plus d'attraits, 
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire 
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie, 
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui, 
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie 
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui !

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature, 
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ; 
L'air est si parfumé ! la lumière est si pure ! 
Aux regards d'un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie 
Ce calice mêlé de nectar et de fiel ! 
Au fond de cette coupe où je buvais la vie, 
Peut-être restait-il une goutte de miel ?

Peut-être l'avenir me gardait-il encore 
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu ? 
Peut-être dans la foule, une âme que j'ignore 
Aurait compris mon âme, et m'aurait répondu ? 

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ; 
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ; 
Moi, je meurs; et mon âme, au moment qu'elle expire, 
S'exhale comme un son triste et mélodieux.




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