lundi 16 janvier 2017

la sonrisa


Odilon REDON 1881
"Araignée souriante"
Fusain, estompe sur papier vélin chamois 49,5 x39
Paris, Musée d'Orsay

Le XIXe siècle fut l’âge de nombreuses découvertes scientifiques qui marquèrent l’imaginaire des artistes et des poètes. La publication de l’ouvrage de Darwin sur L’Origine des Espèces avait orienté les regards vers les sciences et les publications traitant de la botanique et des espèces animales se multiplièrent. Ces découvertes étaient relayées également par les revues de l’époque qui étaient illustrées afin d’exalter l’imagination du lecteur. Théodore de Grandville mêlait avec une grande sagesse ces découvertes à son univers caricatural panthéiste, univers dans lequel il usait fréquemment de l’anthropomorphisme de la flore et de la faune. Odilon Redon, fervent lecteur de Grandville, avait sans doute connaissance des Fleurs Animées et d’Un autre monde. Ces lectures nourrirent non seulement son imagination, mais affinèrent aussi, et cela est peut-être plus important encore, son sens de la caricature.
Tout droit sortie d’un monde fantastique, une araignée aux dimensions gigantesques, pourvue d’yeux et d’un sourire humains, semble s’engager dans une danse macabre : tel est le sujet choisi par Redon pour ce dessin de 1881. Jules Michelet traita à plusieurs reprises du thème de l’araignée : “On n’imagine pas”, écrivait Michelet en 1876 sur l’araignée “pleurer ou avoir des sentiments”.
A la suite de l’Arachné exécutée par l’illustrateur Gustave Doré, Redon ose s’aventurer aux franges de la monstruosité, en accordant à l’araignée des caractéristiques humaines ; son sourire cependant, semble plutôt ironique et morbide. Cette œuvre peut par ailleurs se lire comme une caricature que Redon envoie à la critique de son époque en raison des difficultés qu’il rencontra à ses débuts avant d’atteindre la renommée.
Texte : Katia Papandreopoulou



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